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  • Mooc ITyPA, capitalisation et prospective

    Publié le 3 janvier 2013 par benoit tostain dans analyse/ITyPA/modèle/Mooc/voeux | 9 commentaires

    J’avais pour intention de capitaliser mon parcours du Mooc ITyPA en mode collaboratif en mutualisant sur les divers blogs et autre pads avec les participants rencontrés en chemin.
    Vu la quantité de notes, de réflexions, de documents et d’articles accumulés et la saison se prêtant aux vœux et prospectives c’est sous cette forme que je décide de livrer ma capitalisation, voilà qui « bouclera ma boucle » ITyPA 2012.

    Cette « évaluation à froid » vient en réponse à la question ouverte que je me posais à mon entrée en ITyPA en octobre dernier : « Je suis donc curieux d’apprendre comment chaque personne peut apprendre dans ce dispositif, quels sont les stratégies ou les modèles qui peuvent émerger. »

    Je prendrai comme point de départ l’article de Frédéric Haeuw Les MOOC pour apprendre en toute autonomie ? dans lequel il relate son expérience du Mooc ITyPA et pose la question de l’accompagnement.
    D’où mon commentaire : « N’est ce pas justement une des spécificités d’un Mooc que de laisser les apprenants face à leurs objectifs, et ensuite face à leur implication ? C’est-à-dire une voie intermédiaire entre une formation informelle via les réseaux sociaux et la formation conventionnelle, accompagnée. Un modèle « auberge espagnole » de la formation ? Dans ce cas les initiateurs ne sont en effet pas des « accompagnateurs » au sens fort du terme mais plutôt des « éclaireurs » qui marchent devant, suivis ou non. »

    Massive individualisation ?

    Les moocs s’appuient sur la capacité à s’autoformer, à développer l’apprenance collective. Cependant, une des valeurs ajoutées de la FOAD est à mon sens l’individualisation, lorsque le dispositif est bien pensé et s’en donne les moyens.
    L’accompagnement est donc une condition sine qua non de l’individualisation qui permet l’approfondissement de savoirs et de compétences.

    Dans le cas d’un mooc la notion de « massive » me parait, dans une première approche, à l’opposé de l’individualisation. La gestion et l’organisation des Moocs s’appuyant sur la quantité, d’apprenants, de contenus, de productions… comme en témoigne Michel Cornu lors de son intervention et qui rappelle la règle du 1%.

    L’article de Régis Faubet des chiffres et des MOOCs fait état de la mine d’or statistique qui est en jeu par la maitrise des Learning Analytics et de l’instructional design ou design d’apprentissage, l’exploitation des données semble induire une orientation behavioriste de la formation assez forte…

    La réponse de Denys Lamontagne à ma question sur le « Modèle économique des Moocs : un peu de prospective » fournit aussi des éléments précieux sur la façon dont le directeur de Thot Cursus aborde les quantités d’apprenants francophones qui peuvent être mobilisés par les moocs

    Mooc ou Mool ?

    Alors, pourquoi parler de cours ?
    Je rejoins Frédéric Haeuw, en effet le mot cours fait référence au magistral et à un parcours composé de « contenus ».
    Dans le cadre du Mooc Itypa le parcours était « balisé » mais les contenus à créer par les participants. C’est plutôt du Massive Open Online Learning du Mool donc !
    Ce qui donnerait en français ALOM : Apprentissage en Ligne Ouvert et Massif
    On trouve aussi d’autres traductions et acronymes sur wikibooks.

    En formation ce sont les possibilités numériques qui impactent la pédagogie, comme elles ont impacté les médias classiques et de nombreux domaines, mais le « modèle Mooc » ne semble pas encore défini et se cherche encore comme en témoigne cet article tout frais du Wall Street Journal.

    En effet le modèle du Mooc connectiviste n’est pas celui d’un cours mais celui de l’apprentissage en communautés de pratiques ou d’apprentissage, un peu plus formalisé. Un apprentissage hybride qui mêle l’aspect vertical et descendant de la formation formelle à la nature horizontale des échanges entre pairs sur les supports qu’ils ont choisis.
    Cette nature horizontale des échanges en communautés est certainement une des composantes qui permet à chacun de s’adapter aux situations de plus en plus complexes du monde professionnel, au contexte de décroissance et de concurrence, aux nouveaux enjeux auxquels nous faisons face actuellement, remettant en cause les modèles classiques.

    L’intervention de Frédéric Domon sur l’apprentissage social a mis en évidence les rapports entre ces échanges horizontaux en formation, les facteurs bloquants au sein de certains modèles de circulation des informations et les enjeux liés aux sociétés apprenantes, le lien ténu qu’il y a entre savoirs formels et investissement direct des apprentissages dans les pratiques.

    Il est important de noter la différence entre CMooc, et XMooc, qui est mise en évidence dans le tableau réalisé par Rémi Bachelet.

    ITyPA était construit sur le modèle Cmooc, ou Mooc « connectiviste », les XMoocs proposant une approche plus classique de l’enseignement.

    Quant aux remarques sur le taux d’abandon des Moocs, pourquoi appliquerait-on les mesures adaptées à la formation classique ? Dans un contexte de formation informelle, pourquoi mesurer le taux d’abandon ? N’est il pas suffisant, voire plus juste d’évaluer ce que chaque apprenant a appris ? Chacun ayant pu quitter le parcours pour x raisons, est ce un abandon ?

    Global / Local : quelles convergences ?

    Alors, sur quel modèle les Moocs pourront-ils gérer quantité et individualité ?
    Comment créer une convergence entre les Moocs et les dispositifs de formation de professionnelle continue ? Dans le contexte dans lequel les formateurs évoluent avec des apprenants « non initiés » ?
    Une voie intéressante me parait d’établir un « relais » global / local, c’est-à-dire d’utiliser le principe des Moocs en lui adjoignant une composante accompagnement. Sous la forme de « regroupements » présentiels ou distants pour retrouver les rôles d’accompagnement, de médiation, d’assistance, ceux soulignés par Karine Affaton dans le formateur 2.0, rôles nécessaires à l’individualisation. Ces regroupements informels se sont organisés spontanément lors du Mooc ITyPA sur certaines régions. Il s’agit donc d’un besoin réel des participants. Cette articulation me parait être la composante indispensable de l’individualisation, dans le cadre d’une formation répondant aux critères réglementaires de la FPC.

    Que le sujet d’un Mooc soit d’apprendre à faire du compost, de l’informatique ou de l’ingénierie, penser global et agir local nécessite de développer les réseaux de proximité, de relayer les contenus des Moocs dans un contexte de formation.

    Quelles que soient les suites de ces prospectives, la comète Mooc ne nous attendra pas pour suivre son chemin. En attendant, merci aux animateurs du Mooc ITyPA Christine Vaufrey, Jean-Marie Gilliot et Anne-Céline Groleau et Morgan Magnin de nous avoir fait partager leur exploration !

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    1. Rétrolien: Mooc ITyPA, capitalisation et prospective « Mamadou Lamine Seck

    2. Publié dans 4 janvier 2013 le 10:40

      Bonjour Benoît,

      Ayant moi-même suivi ce MOOC (ou Amour, lire plus bas), je ne retrouve bien dans ton analyse. ITyPA étant en méta MOOC, il nous a donné des situations problèmes tout à fait intéressantes pour agir plus ou collectivement pour les résoudre… Apprendre en agissant !

      Le savoir ne se transmet pas, on se l’approprie par activité et interactions! Le MOOC ITyPA illustre parfaitement cette nouvelle posture d’apprentissage. Le couplage entre la société numérique et la société de l’information, nous incite à modifier nos façons d’inter-agir, dans nos vie personnelles et professionnelles, et donc nos manières, nos temps et nos lieux pour apprendre, en mixant de plus en plus le formel et l’informel. Passant du monde de la formation du XXème siècle, au monde de l’apprenance pour le XXIème siècle, telle que P. Carré l’a définie, de nouvelles manières d’apprendre émergent. Avant on apprenait dans un lieu, aujourd’hui on va de plus en plus «iapprendre» dans des espaces-temps collaboratifs avec l’appui des outils et des contenus numériques; comme nous le propose ce MOOC (ou Appren-tissage Massif Ouvert Utile en Réseaux = AMOUR) ITyPA.

      Tous les MOOC ne sont pas collaboratifs. Ce sont les universités nord-américaines qui ont les premières mis en oeuvre cette approche massive, ouverte et en ligne ; plusieurs milliers d’inscrits à leur cours gratuits pour le meilleur et le pire ! Des articles Internet posent légitiment les questions de la pertinence des MOOC strictement transmissifs (X-MOOC cours ou conférences captés et distribués numériquement) et des modèles économiques sous-jacents hautement compétitifs (contenus gratuits mais certification payante, pour certains). Du coté des iapprenants, les réserves semblent moins nettes. Sous réserve d’adaptation et de complémentarité avec une logique d’accompagnement plurielle qui nous apparaît indispensable, les MOOC constituent une avancée pour la mise en place du concept européen «Apprentissage tout au long de sa vie».

      Extrait de la fiche iBOM iTyPA (www.mipplus.org)
      ou http://dl.dropbox.com/u/87379897/Mooc%20ITyPA%202012.doc

      ITyPA 2012; peut être ITyPAB pour 2013…

      Bonne année à tous – Jean
      http://www.iapprendre.fr

      • benoit tostain
        Publié dans 6 janvier 2013 le 10:00

        Merci Jean,

        AMOUR pour Appren-tissage Massif Ouvert Utile en Réseaux, bel acronyme, qui pourrait être ajouté aux propositions qui sont faites sur Wikibooks http://fr.wikibooks.org/wiki/Guide_du_Mooc

        Ta fiche BOM reprend les concepts essentiels, c’est une ressource qui intéressera certainement les auteurs pour compléter le descriptif des Moocs connectivistes sur Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Cours_en_ligne_ouvert_et_massif . Je n’ai d’ailleurs pas compris pourquoi il y a 2 ressources différentes sur « wikipedia » et « wikibooks » sur le thème des Moocs…

      • Publié dans 7 janvier 2013 le 09:50

        Bravo Jean, je te reconnais bien là…

        Bravo pour l’acronyme AMOUR. Je propose même un slogan :

        « Titiller pour apprendre » (?)

    3. duport
      Publié dans 4 janvier 2013 le 13:57

      Bonjour,

      J’ai suivi #itypa en veilleur et j’ai glané pas mal d’info. J’étais inscrit mais je n’ai pas participé activement. J’ai visionné les épisodes qui m’intéressaient, que je ne connaissais pas. J’ai suivi les liens de la lettre. J’ai regardé les progressions et admiré un certain nombre de production. Cela a alimenté ma veille. Je faisais parti des 90% consommateur-acteurs. Comme quoi la statistique ne révèle pas tous les usages ;-)

      Mais cela a en même temps consolidé certaines de mes réflexions sur le métissage du glocal que vous évoquez en conclusion. Et cela me semble une voie prometteuse pédagogiquement et économiquement. Une des difficultés de la FOAD, c’est l’énergie énorme à fournir pour un tutorat de qualité sur tout un parcours. Cela a un coût énorme.

      Par contre, avec un MOOC hybride, animer globalement un dispositif connectiviste avec une reprise en local permet d’avoir une approche sur mesure et construire une communauté d’apprentissage au local renforçant le réseau global. Et de construire de la formation en continue avec par exemple des formations courtes au local associées à la formation massivement distribuée…

      Le théâtre de la formation (unité de temps, de lieu et d’action) est définitivement à réinventer… De même que le terme FOAD. La distance semble un terme de plus en plus obsolète dans ce contexte.

      • benoit tostain
        Publié dans 6 janvier 2013 le 10:25

        Merci de votre témoignage qui illustre les biais que la statistique peut obtenir.
        Combien de personnes ont profité de ce 1er Mooc d’une façon ou d’une autre et n’en ont pas fait état ? Difficile à savoir en effet.

        Je ne doute pas que l’on cherche à approfondir très prochainement « l’économie d’échelle » qu’un Mooc connectiviste hybride peut apporter à un dispositif de FOAD classique.

    4. Rétrolien: Miscellaneous | Annotary

    5. Christine Vaufrey
      Publié dans 28 janvier 2013 le 21:39

      Bonsoir,

      Le glocal dont parle François et dont tu soulignes la nécessité s’impose effectivement à nous comme une des voies d’amélioration du modèle. Sachant que là encore, il ne serait pas question d’imposer une modalité hybride, mais bien de la proposer à ceux que ça intéresserait. Evidemment, cela demande pas mal d’organisation dans les partenariats, mais en gardant constamment à l’esprit cette notion de souplesse, de non obligation, cela devient envisageable… Le fait d’avoir réalisé ce premier Mooc sans étayage institutionnel nous a aussi fait goûter aux joies de l’action rapide, adaptative, spontanée et réactive. Nous redoutons, il faut le dire, le retour à une certaine réalité institutionnelle, à sa langue de bois, à ses multiples niveaux de décision et à son temps si lent…

      • benoit tostain
        Publié dans 15 février 2013 le 09:23

        @ Christine, merci de ta réponse.
        Je pense que la montée des Moocs (il est peut-être un peu tôt pour parler de généralisation) pourrait permettre aux Organismes de Formation « frileux » une nouvelle forme d’accès et d’intégration de la modalité distante en formation, qui limiterait leurs investissements en ingénierie et conception de contenus de formation.
        Cela pourrait se concrétiser par l’établissement de partenariats permettant le relais des apprentissages sous forme d’accompagnement local présentiel. Accompagnement qui peut s’estomper au fur et à mesure de la montée en autonomie des apprenants.
        Si ces acteurs, OF ou même entreprises s’emparent localement de ce type d’actions et élaborent des demandes concrètes cela pourrait freiner le retour à cette réalité institutionnelle ?
        Il faut pour cela favoriser une action descendante des concepteurs de Moocs vers le local et montante des acteurs locaux « initiés » vers les concepteurs.
        Je ne connais pas actuellement de dispositif qui propose cela.

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