• MOOC écrire pour le web : quelles révolutions ?

    Publié le 21 octobre 2016 par benoit tostain dans Moocs | 2 commentaires

    Le MOOC écrire pour le web de Rue 89 me permet de confronter ma pratique de formateur du Journal Atelier à celle des journalistes qui animent le MOOC sur un  domaine commun : l’écriture web. Hmmm j’y ai trouvé de quoi me mettre sous la dent 😉

     


    Pas déçu de la première semaine, avec « Les douze révolutions d’internet » Mathieu Deslandes rédacteur en chef à Rue89 nous explique COMMENT l’info change :

    L’info est Multimédia / Directe / Participative /  Fragmentée / Évolutive / Stockée / Poreuse Agrégée et Hiérarchisée / Personnalisée / Sociale / Coproduite et Mobile.

     

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    Merci Rue 89, cette grille permettra d’analyser les EFFETS de ces changements, d’élargir la vision du rédacteur, de se poser la question « Est ce que j’utilise ces techniques ou non ? Stimuler la réflexion sur les effets  de ces révolutions sur l’individu et l’information elle même est incontournable pour apprendre à écrire pour le web.  C’est ce à quoi je m’attaque avec de jeunes adultes en formation Com & TIC au Journal Atelier. Les choix du rédacteur ne sont pas neutres, il doit posséder le discernement nécessaire pour utiliser les techniques prescrites en connaissance de cause.

    N’oublions pas que le medium EST le message comme nous l’a indiqué  Marshall McLuhan dans son livre «Pour comprendre les médias».
    Ce n’est probablement pas le propos du Mooc d’aborder les effets de ces révolutions mais c’est la question que je me pose pour cette première graine à moudre.

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    Quel impact de ces révolutions pour l’individu ?

    Quels sont les effets obtenus sur le lecteur ? Le constat général est celui de la saturation d’informations, qui provoque parfois le désintérêt des médias, de l’infobésité, du zapping, de la difficulté de concentration, qui peut conduire au burn-out.
    L’info n’est plus « lue » elle est scannée, on lit moins vite à l’écran, on lit en diagonale, notre cerveau est sollicité de multiples entrées et « input ». Un cerveau exposé aux stimuli depuis l’enfance comment va-t-il mûrir et vieillir ? Comment l’information ainsi traitée ajoute-t-elle de la « qualité » à la réflexion du lecteur, à ses compétences, son savoir être ? C’est une question essentielle.  Sinon quel est le sens de ces révolutions, à quoi nous mènent -elles ?

    On lira sur le sujet le dernier numéro de Bio Contact Dossier Nouvelles technologies l’envers du décor, qui aborde les thèmes suivants :

    • Vers un changement de culture ?
    • Data centers : quand les données virtuelles polluent
    • Vie privée, l’enjeu du moment
    • L’essentiel des impacts, c’est avant l’achat !
    • Recyclage des déchets électroniques : le bilan
    • Addiction, technostress : un mal nécessaire ?
    • Electrosensibilité : une maladie nouvelle génération

    Est ce que l’objectif du rédacteur est principalement d’être vu en premier, vu plus vite, vu plus de fois… « Hé Ho, DIS DONC, tu m’as vu ? Tu m’as-lu ? »

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    Quels apports de ces révolutions à la qualité de l’information ?

    Quel est l’impact sur l’information elle-même ? Et si ces révolutions contribuaient à noyer le poisson ? Les faits sont les faits, multiplier les accès permet d’augmenter l’appétence, pas toujours de mieux comprendre leur réalité. Au contraire avec la multiplication des angles forts et marqués les clivages apparaissent plus nettement, au lieu de favoriser la prise de recul et la concertation ils donnent des arguments pour une confrontation unilatérale, des raccourcis rapides, des amalgames, des procès d’intention à partir de phrases extraites de leur contexte.
    Ces révolutions augmentent la quantité de stimuli qu’ajoutent elles à la recherche du vrai ?
    Commentaires injurieux, insultes, trolls contribuent à disperser le lecteur. Déjà à l’époque 100 % papier le journal utilisait des prismes déformants, qui ne permettaient pas toujours au lecteur d’accorder crédit à l’information, avec l’écriture web les prismes se multiplient.

    Le ministère de l’Education Nationale ne s’y trompe pas, il a pris conscience des enjeux de l’éducation aux médias pour lutter contre les effets pervers de la désinformation et de l’utilisation orientée de ces révolutions notamment pour la radicalisation, il lance par l’intermédiaire d’Eduscol une campagne pour favoriser l’esprit critique .

    Ces révolutions peuvent provoquer 2 effets opposés, saturation et stimulation. Stimulé, le lecteur peut devenir de plus en plus avisé en comparant les informations contradictoires. Avisé il devient de plus en plus méfiant et critique, il peut de mieux en mieux se rendre compte des prismes déformants de l’information.

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    Les prismes déformants de l’information

    De mon point de vue, le rôle des intervenants en communication professionnelle est non seulement d’apprendre à informer comme nous le propose l’équipe de Rue89 mais aussi de mettre le doigt sur les prismes déformants de l’information : l’information est une matière qui se travaille comme l’indique son étymologie in-formare, mettre en forme l’information ne relève pas d’une science exacte et objective, c’est une « adaptation » de la réalité. Etudier ces prismes relève de la transparence attendue chez les journalistes, voici quelques uns de ces prismes déformants :

    Vendre de l’information : l’information est une marchandise le journalisme vit de sa matière première : situations et événements,  cette réalité doit être conditionnée empaquetée anticipée provoquée, pour être non seulement digeste mais tout d’abord appétente. Le pouvoir du propriétaire du média – son parti politique, ses valeurs – oriente le choix des angles.

    La ligne éditoriale est pré-déterminée le regard est prévisible, le lecteur peut l’estimer « posé »… à l’avance

    Le cadre de référence du journaliste apporte sa vision lorsqu’il écrit son papier selon sa propre origine, son éducation, sa culture, ses valeurs. En témoignent les différences de couverture d’un événement de l’orient à l’occident Un même sujet, thème phénomène pourra être lu et interprété de 2 façons opposées selon les auteurs.

    La loi de proximité écrire pour le lecteur : on sait très bien dans les rédactions que certains angles ne sont pas porteurs, pas vendeurs, au contraire certaines thématiques le sont. Exemple, Rue 89 qualifie de « bon article » celui qui a« très bien marché » : selon la quantité de lecteurs. Le « bon » n’est pas synonyme de beau,  de qualité, bien plus difficiles à évaluer.

    Rumeurs arnaques et intox se répandent plus rapidement plus globalement, même s’ils sont démontés peu de temps après mais le mal est déjà fait car : « on a pu penser que… » Le lecteur est mentalement déjà « préparé » à…

    Parmi les 12 révolutions plusieurs actionnent principalement l’aspect mise en scène, le storytelling. Comment identifier puis mettre en oeuvre celles qui apportent de la qualité, pour l’individu et à l’information ?

    Passer des médias autorisés aux médias improvisés

    Écrire pour le Web n’est pas réservé aux journalistes, les nouveaux acteurs se sont emparés des médias, on doit maintenant distinguer écriture journalistique et écriture Web, la rendre accessible à tous ceux qui ont des choses à dire à titre associatif,  social, professionnel, au nom d’une communauté de pratiques…

    Tiers lieux, espaces de co-working, fablabs, entreprises de l’ESS, circuits courts, les initiatives de territoires en transition, les pratiques collaboratives, la coopération libre, l’innovation sociale ouverte, les promoteurs des biens communs numériques et autres, les communautés qui ont leur mot à dire ne manquent pas.

    Le formateur aux médias ne peut s’affranchir du regard critique vis à vis du traitement de l’information et des usages des technologies s’il cherche à favoriser la créativité.  Lire, comparer et analyser pour nourrir et évaluer son écriture est une condition pour ne pas reproduire  les comportements moutonniers et utiliser les médias « comme tout le monde » par ce qu’il faut satisfaire aux goûts du jour : ranking et quantité par exemple.

    La formule du journal papier et l’écriture journalistique sont à l’origine de la communication sur les nouveaux médias du web.  Le journal papier les a façonnés, leur a donné le ton, la forme, les codes : titrage, style, entrées et angles multiples, encadrés, niveaux de lecture…

    Former à l’écriture web permet aux médias improvisés d’éclore afin qu’ils élaborent leurs propres critères de qualité communicationnelle.

    Le Manifeste des évidences de Cluetrain rédigé en 1999  est une perle du genre qui place les enjeux de l’écriture Web en termes de communication interpersonnelle, on y trouve 6 des révolutions citées. L’information est Directe, Participative, Évolutive, Personnalisée, Sociale et  Coproduite. On y puise encore des trésors pour positionner sa communication et son écriture sur le Web.

    Ceci dit ce MOOC Rue89 stimule mon imagination 🙂  ce ne sont pas les idées qui me manquent, voici quelques graines à croquer pour le prochain article, laquelle choisiriez vous ?

    – Utiliser la plateforme EdX pour un MOOC, expérience avec Rue 89
    – De l’information à la formation : quels outils multimédia pour la formation multimodale ? Idées tirées du Mooc  Écrire pour le Web.
    – Communiquez « à la  Facebook » mettez les femmes sur le trottoir !


    Notes de bas de page

    Propos du Mooc

    Ou bien c’est prévu dans les prochaines semaines mais le programme n’est pas communiqué.

    Sociale

    La définition de la révolution  sociale est à élargir, ici il s’agit d’une acception restrictive du terme « social ». Ce sont les réseaux sociaux qui sont évoqués, mais les « Réseaux sociaux » sont plus exactement des « Médias sociaux » qui n’ont de « sociaux » que le nom. Ils ont en commun avec les médias autorisés l’exploitation de la quantité, sur lequel est basé leur modèle économique.

    2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le votre.

    1. Publié dans 28 octobre 2016 le 14:07

      Et bien mon cher Benoit je dirais que tu mets en pratique ce que j’affectionne des MOOC, un support pour aller plus loin… 😉 et chacun par son propre chemin… et pas forcément celui qu’auraient peut être choisi les organisateurs du MOOC 😉
      Et oui, en phase avec toi quand tu dis que l’écriture web et journalistique est différente, pas forcément avec les mêmes visées, donc normal !

      @MissMooc

      • benoit tostain
        Publié dans 30 octobre 2016 le 09:07

        Oui @MissMooc c’est le O de Open que je préfère dans l’acronyme MOOC ! laisser l’ouverture nécessaire aux objectifs et aux choix des médias de chacun. Surtout quand il s’agit d’écrire sur le Web 🙂 Avec le O de Open c’est La place de l’apprenant qui est reconsidérée : il est au centre de sa formation. Chacun peut dire « Bienvenue dans ma formation ! » : http://www.elearncom.fr/mooc-itypa-bienvenue-dans-ma-formation